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Pause

Message Publié : Mer Jan 01, 2014 20:14
par angostura
Le Fou d’Elsa (Aragon) :
...Et dans le livre que tu lis
Je vois que les mots sur la page
Sont les symboles de l'oubli.

Une saison en Enfer (Rimbaud) :
Enfin, Ô bonheur, Ô raison, j'écartai du ciel l'azur, qui est du noir, et je vécus, étincelle d'or de la lumière nature. De joie, je prenais une expression bouffone et égarée au possible :

Elle est retrouvée!
- Quoi? - l'Eternité.
C'est la mer mêlée
Au soleil.

Sur la Neva (Théodore Tutchev) :
Tout dort dans un profond silence,
Le ciel bleuit... Nulle étincelle,
Et sur une étendue immense
La clarté lunaire ruisselle.

Re: Pause

Message Publié : Sam Jan 04, 2014 5:52
par corpsy
angostura a écrit :Le Fou d’Elsa (Aragon) :
...Et dans le livre que tu lis
Je vois que les mots sur la page
Sont les symboles de l'oubli.



Ca me fait penser à, de Clark Ashton Smith :

Une vision du Léthé

En la quête de celle que j’avais perdue, j’arrivai enfin au bord du Léthé. Au-dessus de moi s’étendait la voûte immense et vide d’un ciel d'ébène qui avait, une à une, perdu toutes ses étoiles. Semblable à la lueur de la lune à son déclin, pareille à la phosphorescence fantomatique d'un soleil mort, une lumière blafarde, insaisissable, et dont la source me demeurait inconnue, se répandait faiblement sur l'onde sable et sur ces prairies noires où nulle fleur ne pousse, les éclairant à peine. Dans ce demi-jour, je vis des âmes errantes venir en grand nombre, hommes et femmes confondus, s’abreuver aux eaux lentes du fleuve silencieux. Certaines accouraient, d’autres semblaient plus circonspectes. Pourtant, aucune d’elles ne paraissait ensuite pressée de s’en retourner. Nombreuses étaient même celles qui s’attardaient à contempler d’un regard éteint le mouvement calme de l’onde étale. À la fin, je vis une femme qui se tenait à l’écart des autres. Une femme au corps gracile — pas plus grande qu’un lys, au visage impassible et sublime; et je reconnus celle que je cherchais. Au creux de mon cœur se mirent à chanter les souvenirs anciens, comme une nichée de rossignols, et je m’empressai d’aller lui prendre la main. Mais nulle réminiscence ne vint illuminer les yeux pâles qu’elle fixait immuablement sur moi, nulle souvenance ne vint faire tressaillir les lèvres blêmes et inertes qu’elle tendait vers les miennes. Je compris alors qu’elle avait tout oublié et, désespéré, je me détournai d’elle. Me retrouvant bientôt à longer le fleuve, je pris soudain conscience de ma soif ancienne pour ses eaux, une soif que j’avais jadis vainement pensé pouvoir étancher à tant et tant de sources. Je m’inclinai vivement et bus. Quand je me relevai, je m’aperçus que la lumière avait disparu — peut-être était-elle morte -— et que la contrée tout entière semblait le fruit d’un sommeil sans rêve. J'étais incapable désormais de distinguer le visage de mes compagnons; incapable de seulement me rappeler pourquoi j’avais désiré boire les eaux de l’oubli.

Re: Pause

Message Publié : Lun Fév 17, 2014 14:25
par Ella06
Une saison en Enfer (Rimbaud) :
Enfin, Ô bonheur, Ô raison, j'écartai du ciel l'azur, qui est du noir, et je vécus, étincelle d'or de la lumière nature. De joie, je prenais une expression bouffone et égarée au possible :

Elle est retrouvée!
- Quoi? - l'Eternité.
C'est la mer mêlée
Au soleil.

J'avais oublié. Merci.

Re: Pause

Message Publié : Mar Fév 18, 2014 0:12
par Jhaal
"Toute cette agitation muette
La nuit quand la réalité dort
Tranquille et aveugle
Je me suis vu ramper vers elle


Froid comme la mort
Attiré par la lumière
Phalène avide, brutale
Ou serpent sinueux


Je me suis vu léviathan grandiose
Dévorer ce monde vain
De soubresauts vaniteux
Et de créatures pitoyables


Et puis, ne pouvant me soustraire
Au grotesque de ma condition
Puisqu’on est jamais assez grand
J’ai mis le monde dans une flaque d’eau"

Re: Pause

Message Publié : Mar Fév 18, 2014 9:04
par Jhaal
Ah ouais, hier j'ai marché dans ma Bourgade en compagnie de mon amante, on s'est installés au soleil à la terrasse du petit café sur la place centrale avec une vue sur les veilles bâtisses médiévales. Ça flairait le printemps, ça me donnais envie de baignades et de dormir dans les bois avec cette femme.

C'était inspirant toute cette lumière jaune sur ces vieilles pierres anesthésiées par l'hiver ...

Re: Pause

Message Publié : Ven Fév 21, 2014 22:54
par angostura
Baudelaire, Les epaves.

Que le soleil est beau quand tout frais il se lève,
Comme une explosion nous lançant son bonjour !
- Bienheureux celui-là qui peut avec amour
Saluer son coucher plus glorieux qu'un rêve !

Je me souviens !... J'ai vu tout, fleur, source, sillon,
Se pâmer sous son œil comme un cœur qui palpite...
- Courons vers l'horizon, il est tard, courons vite,
Pour attraper au moins un oblique rayon !

Re: Pause

Message Publié : Dim Fév 23, 2014 21:51
par Ella06
Magnifique

Moi aussi je me souviens ! Et tout va recommencer.

Je me sens à l'unisson (pareil pour les pierres jaunes de soleil qui sortent du froid de l'hiver au-dessus).

On est à mon moment préféré de l'année : la vie qui palpite à nouveau.

Merci